Chen Mei-O, la fondatrice et directrice de la compagnie

Les photos ci-dessus ont été prises lors du spectacle "le mirroir aux litchis" à la Maison des Cultures du Monde, en mars 2005

 

 
Han Tang Yuefu

 

On aurait bien du mal à chercher à définir exactement ce qu'est, et ce que fait réellement Han Tang Yuefu : une école, mais qui enchaîne représentation sur représentation, pour ses spectacles d'opéra chinois mêlant la danse au théâtre et à la musique. Opéra traditionnel, mais réinventé pour le faire revivre.

Car lorsque Chen Mei-o fonde la compagnie en 1983, l'opéra de style Nanguan (ou Nankouan), dans lequel se spécialise Han Tang Yuefu, n'est plus guère apprécié par le public. Autrefois très populaire à Taiwan, il n'est plus pratiqué que par une poignée d'interprètes, avec qui il risque fort de s'éteindre.

A l'instar de l'opéra de Pékin, l'opéra Nanguan fait référence à un style régional de théâtre chanté. L'opéra chinois, c'est en fait avant tout du théâtre. Celui de Nanguan, originaire du Sud-est de la Chine, a été popularisé à Taiwan par les tout premiers migrants chinois sur l'île. Tainan et Lugang, dans le sud-est, deviennent les centres du Nanguan à Taiwan. Interprété en langue minnan (communément appelée le taiwanais aujourd'hui), le théatre Nanguan évolue au gré de l'histoire contemporaine, et comme beaucoup d'arts traditionnels, perd de son attrait au cours du 20 e siècle.

Dans les années quatre-vingts, il est revalorisé par les autorités à Taiwan, qui souhaitent protéger la culture chinoise devant la Révolution Culturelle qui s'est opérée en Chine communiste. Mais les lieux artistiques sont peu nombreux, et le Nanguan a du mal à subsister parmi les autres formes d'art qui tentent aussi d'être préservées. «  Le Nanguan est un art difficile, qui demande beaucoup d'investissement. Peu nombreux étaient ceux qui étaient prêts à l'apprendre. »

C'est suite à un voyage en Europe, que Chen Mei-o a créé la compagnie. « L'intérêt du public européen pour ces arts traditionnels, leur soif de connaître notre culture, ont éveillé ma curiosité. Cela m'a incitée à explorer davantage ce style musical.  »

L'objectif de Han Tang Yuefu est alors de faire perdurer le Nanguan et d'éviter qu'il ne tombe dans l'oubli, en l'enseignant aux jeunes générations.

Au départ pourtant, Chen Mei-o craint de ne pas recueillir le soutien des milieux artistiques. «  Dans le milieu des années soixante-dix, c'était à Manille que l'opéra Nanguan était le mieux préservé. Il recevait alors un accueil très enthousiaste des Chinois d'outremer là-bas, émigrés après la Seconde guerre mondiale. C'est à cette époque que j'ai compris le Nanguan de l'intérieur, avec des gens préservaient leur culture. »

Des échanges se tissent avec des écoles d'art et universités en Europe, en Amérique et en Asie. Par le biais de ces échanges, la compagnie se développe, avant tout sous la forme d'une école. Il faut parfois d'abord une reconnaissance internationale, avant d'être remarqué dans son propre pays. C'est ce qui arrive à Han Tang Yuefu, qui en transmettant les finesses de l'opéra taiwanais Nanguan à l'étranger, attire l'attention à Taiwan. Le Nanguan bénéficie aussi de la vague « d'indigénisation », qui revalorise les cultures locales sur l'île.

En 1994, la directrice artistique fait prendre un nouveau virage à la compagnie. «  D'un folklore délaissé, nous étions parvenus à faire reconnaître le Nanguan comme une musique du monde. L'objectif de départ était atteint. Han Tang Yuefu s'est alors professionnalisé, pour développer le style Liyuan.  »

Le théatre Liyuan, ou du Jardin des Poiriers , est à ce moment-là répertorié avant tout comme un style de théâtre. Mais Chen Mei-o y voit davantage un art à part entière, dont tous les détails et raffinements, pas seulement théâtraux, méritent d'être soulignés. Elle en extrait les danses. Les chants du Nanguan y sont ajoutés. «  C'est une association qui existait sous les dynasties des Tang et des Song, mais qu'on ne connaissait que par les écrits. On a fait revivre cet art. » Un mariage de styles présent dans les cérémonies, puis tombé en désuétude sous les Ming puis les Qing. Les temples taoïstes sont d'ailleurs aujourd'hui parmi les publics demandeurs des spectacles de la troupe, à offrir aux divinités.

Pendant sa deuxième décennie d'existence, Han Tang Yuefu se montre toujours très présent sur scène, à l'étranger et à Taiwan. Sous ce nouvel axe artistique, la compagnie est très bien accueillie, et surtout en France, où elle est invitée à divers festivals. En 1999, une co-production avec Mireille Laroche, de l'Opéra Péniche, présente la première pièce longue du répertoire de l'ensemble de musique et danse. Avec Le Jardin des Délices, la compagnie taiwanaise s'essaie ainsi sur d'autres terrains que les créations courtes qui la caractérisent. En avril 2005, doit être présenté à Hsinchu une seconde pièce longue.

C'est donc vers la création qu'évolue toujours aujourd'hui cette troupe et école professionnelle. Le théatre Nanguan s'est métamorphosé sous sa coupole, en « musique et danse de Nanguan » - une double renaissance, en quelque sorte.

La troupe accueille aujourd'hui onze danseurs et chanteurs professionnels. Issus de formation musicale, théâtrale, ou de la danse, ils ont appris le Nanguan avec Chen Mei-o ; certains dès le collège, avant de revenir vers la compagnie après leurs études. D'autres, comme HSIAO Ho-Wen, se sont fait un nom dans le milieu de la danse contemporaine, avant de choisir le Nanguan de Han Tang Yuefu.

Han Tang Yuefu est l'une des compagnies taiwanaises les plus reconnues, tant à Taiwan qu'à l'étranger, pour avoir fait renaître le Nanguan. C'est aussi l'une de celles les plus présentes en France, avec un à deux passages par an dans divers théatres et festivals. Car pour Chen Mei-o, «  c'est vraiment la reconnaissance du Nanguan par les Français, qui a permis à cet art de faire une nouvelle entrée à Taiwan.  ».

 

Iris, mars 2005